Toulouse, cité des violettes!

 
 

Toulouse est la quatrième ville de France, située dans le sud-ouest du pays. Lorsqu'on se rend à Toulouse pour la première fois, on est frappé par les deux couleurs locales:

- Le rose des tuiles et des briques de construction qui lui valent l'appellation de "Ville Rose".

- Le violet des boutiques de souvenir qui présentent divers objets sur le thème de la violette. Toulouse est aussi la "Cité des Violettes".

Pour être complet, n'oublions pas de mentionner que cette ville est renommée pour son industrie aéronautique et ses technologies spatiales: C'est à Toulouse qu'ont été conçus le Concorde, l'Airbus, la fusée spatiale Ariane...

Mais tenons nous-en à sa Violette.

 

 

 

La violette de Toulouse se présente sous la forme d'une rosette herbacée vivace. Les feuilles sont cordiformes, luisantes.La plante porte de nombreux stolons, servant à sa propagation.

Comme toutes les espèces du genre Viola, la Violette de Toulouse a deux types de fleurs:

Les fleurs cléistogames, petites et ne s'ouvrant pas, présentes sur les pieds en été. Chez les autres violettes ces fleurs donnent les graines, grace à l'autofécondation. La Violette de Toulouse n'en produit pas, elle est totalement stérile. En fin de période de floraison, du pollen apparaît parfois.Quelques ovaires sont parfois repérés.

Les fleurs chasmogames, doubles et parfumées. Se sont elles qui sont récoltées d'Octobre à Mars.

On compte de 40 à 50 pétales, mauves pâles, blancs dans le tiers inférieur.

 

 

Du point de vue de la classification botanique, rien n'est certain. La violette de Toulouse serait dérivée d'une violette à fleurs simples, mauve pâle, très odorante. Elle appartient au groupe des Violettes de Parme, appellation communément donnée par les horticulteurs spécialistes des violettes. En France, les violettes de parme apparaissent dès 1755, où elles étaient cultivées dans les jardins.

Ce groupe de Violettes est caractérisé par des plantes aux feuilles cordiformes et luisantes, des fleurs doubles très parfumées, ne produisant pas de graines ( ou très rarement ) . Leur période de floraison est très longue 7 à 8 mois. On ne les trouve qu'à l'état cultivé, et nécessitant un abris hivernal. Dans le cas d'une culture sans abri, il est rare que la plante gèle en hiver mais la floraison sera fortement ralentie au plus froid de la saison.

 

De la même façon que son origine botanique est obscure, l'origine géographique de la Violette de Toulouse est méconnue.

Les premiers écrits situent les débuts de la culture de la Violette de Toulouse dans les années 1850, soit il y a près de 150 ans! Auparavant, on note dans les flores locales l'existence de Violettes à fleurs doubles dans les jardins, sans que l'on soit bien sûr qu'il s'agisse de notre Violette.

 

 

Ce qui est certain, c'est que cette culture devient la spécialité des maraîchers.

Elle s'inscrit bien dans les rotations de cultures légumières et permettait un appoint de revenus sur la période hivernale.

A l'origine, la Violette de Toulouse était cultivée dans une petite région de 20 km sur 10 km environ située au nord de la ville. Six communes sont concernées par cette activité: Lalande, Launaguet, Aucamville, Castelginest, Saint Jory, Saint Alban.

Le cycle de culture traditionnel est très long.

Il s'étend sur une année et demi. De plus, la culture de la Violette demande énormément de main-d'oeuvre.

 

  • Au mois de Septembre, les stolons sont prélevés sur une culture en place. Ils sont ensuite mis en terre sous chassis. Là, ils s'enracineront et procureront du plant neuf pour la prochaine plantation.

     

  • La plantation a lieu en Avril-Mai. La culture est arrosée et désherbée manuellement tout l'été.

     

  • Au mois de Juillet, les violettes sont fauchées. Cette opération impose à la plante un repos végétatif et lui permet de passer les fortes chaleurs tout en évitant les problèmes d'acariens, fréquents à cette époque. Le fauchage permettait un approvisionnement supplémentaire en feuilles pour les industries de la parfumerie, abandonné de nos jours. (L'autre période d'approvisionnement se situait à l'arrachage de la plantation ).

     

  • En Aout-Septembre, les stolons sont arrachés. Ceci permet à la plante de conserver toute sa vigueur pour la floraison. Traditionnellement, la culture était paillée avec des cordons de fumier de cheval pour permettre aux fleurs de ne pas être souillées au contact du sol. En se décomposant, le fumier permettait le réchauffement des plantes pendant l'hiver.

     

  • En Septembre, on commence à placer les briques des chassis. A partir des années 1975, on utilisera un petit tunnel plastique.

     

  • D'Octobre à Mars, c'est la cueillette. Les fleurs abîmées ou équeutées partent vers l'industrie de la cristallisation.

Les bouquets sont confectionnés le soir, à la veillée. Ils sont vendus au poids.

 

 

 

 

 

Jusqu'en 1907, les bouquets étaient vendus directement par les producteurs au coin des rues du centre ville ou au marché aux Violettes des Jacobins à des courtiers ou autres revendeurs qui les expédiaient en France ou à l'étranger.

Au début du siècle on signale qu'un train de 3 à 6 wagons partait chaque jour vers Paris, chargé de bouquets de Violettes!

Mais les producteurs prennent vite conscience que la Violette leur échappe. Leurs revenus diminuent tandis que les revendeurs réalisent les meilleurs profits.

Aussi, en 1908, créent-ils une coopérative, pour contrôler la commercialisation: C'est la coopérative des producteurs de Violettes et d'Oignons, qui fonctionnera jusqu'en 1983!

 

Les débuts de la Coopérative sont hésitants. Les courtiers sont encore actifs et tendent à déstabiliser la nouvelle structure. Mais, avec bon sens, les maraîchers vont préférer l'assurance de prix stables toute l'année plutôt que l'incertitude des prix variables des revendeurs.

Jusqu'aux années 1955, c'est l'apogée de la Violette de Toulouse. 600 producteurs sont alors concernés, pour près de 20 Hectares de culture.

 

Quelques points de repère de cette époque florissante:

- Avant 1914, les expéditions étaient courantes vers la Russie, l'Autriche, la Hongrie, l'Allemagne.

- En 1918, la compagnie de chemin de fer prend des mesures spéciales pour les acheminer à Londres en moins de 24 H.

- En 1950, 400 caissettes de 12 bouquets ( soit environ 5 000 bouquets ) partent tous les soirs vers Paris où elles seront redistribuées par des mandataires vers le Canada, l'Afrique, la Suisse, l'Italie, les U.S.A., l'U.R.S.S..

- Plus tard, c'est par avion que les violettes sont expédiées. En 1960, pour la célébration du centenaire de la violette, des coffrets sont offerts à différents chefs d'états.

 

 

Profitant de cet engouement, plusieurs industries nouvelles voient le jour durant cette période:

- Les violettes cristallisées dans du sucre existent avant la fin du 19ème siècle.

- En 1936, les Etablissements Berdoues créent le parfum "Violettes de Toulouse".

- En 1950, Mr Serres crée la liqueur de Violettes.

Ces entreprises toulousaines existent toujours et expédient leurs produits à travers le monde.

 

 

 

Après ces années de gloire, la production de Violettes de Toulouse va diminuer inexorablement d'années en années. La coopérative fermera définitivement ses portes en 1983. Il ne reste alors que 3 producteurs.

 

Plusieurs raisons permettent d'expliquer cette régression:

- Le développement des techniques de culture sous plastiques puis sous verre a permis de proposer, durant la période hivernale, de nombreuses autres fleurs, concurrençant ainsi la violette qui était jusqu'alors la seule fleur disponible en hiver.

- Les exploitations étaient vieillissantes, le travail, pénible et fastidieux. Les jeunes étaient attirés par d'autres activités.Les travaux ne peuvent pas être envisagés sans l'aide d'une main d'oeuvre familiale.

- Beaucoup d'exploitations se sont vues expropriées face au développement de la ville proche et de ses axes routiers. ( Aujourd'hui, l'autoroute traverse ce qui fût le coeur de la zone de production de la Violette de Toulouse )

- Multipliée par bouturage depuis de si nombreuses années, la Violette de Toulouse a fini par dégénérer. La culture est devenue de plus en plus délicate tandis que la plante devenait de plus en plus sensible aux maladies.

 

Mais la Violette ne s'arrête pas là! Depuis 1985, des travaux ont été engagés pour relancer la culture de cette plante attachante.

L'ingénieur agronome de la Chambre d'Agriculture, Mr Roucolle, est le premier à donner l'alerte de la menace de la disparition de la Violette. Il contacte et intéresse les chercheurs de la région puis les institutions pour lancer un programme de régénération de la Violette de Toulouse. Les horticulteurs sont associés aux projets et se regroupent dans l'Association des producteurs de Violette, dès 1985.

La première urgence va vers la création d'un conservatoire de plantes, prélevées chez les derniers producteurs et qui serviront de support pour les travaux de recherche.

Les besoins nutritifs sont mesurés. Une méthode de fertilisation est mise au point. Par la suite, la plante est testée en conditions de culture hors-sol, en pots ou sur tablettes, pour lui permettre de s'affranchir des problèmes de maladies transmises par le sol.

Les problèmes sanitaires sont recensés et des méthodes de lutte sont proposées.

En 1990, la culture in vitro est au point. Ce n'est que 2 ans plus tard, en 1992, que pourront être cultivés en quantité significative les premiers plants régénérés. Les résultats sont encourageants. Les plants sont plus résistants et plus productifs.

Les travaux se poursuivent vers l'amélioration des techniques de culture, la possibilité de raccourcir le cycle de végétation, l'amélioration du plant, les moyens de limiter la quantité de stolons, l'emballage, la commercialisation, etc...

 

La violette intéresse de nouveaux secteurs: Restaurateurs, pâtissiers rivalisent d'originalité pour créer de délicieux plats gâteaux et cocktails à base de Violette. De même, de nouvelles créations artisanales voient je jour....

Pour la saison à venir, une dizaine de producteurs ont mis en culture près de 50 000 plants. L'appellation "Violette de Toulouse" est une marque déposée sous laquelle sont commercialisés les potées fleuries et les bouquets.

 

En février 1999, Toulouse est la ville d'acceuil du 5ème Congrès International de la Violette....et la violette fait parler d'elle dans le monde entier. Tous les espoirs lui sont permis.

Il ne reste qu'à lui souhaiter une entrée dans le XXIème siècle aussi réussie que fût son entrée dans le XXème!

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 Références bibliographiques

  ©Nathalie Casbas